Frankreich-Deutschland-Freundschaft. Genau 50 Jahre ist sie nun offiziell. Ein Vertrag, unterzeichnet im Pariser Präsidentenpalais, Adenauer und de Gaulle. Adieu Erbfeindschaft.

Ein Erfolg, Krieg gibt’s nicht mehr zwischen den Rheinanrainern. Große Feierlichkeiten. Die Juristen stehen ein wenig abseits, angesichts der deutsch-französischen Werke der Jugend, der Kultur, der Wirtschaft. Die französische Gesellschaft für vergleichende Gesetzgebung hat mich gebeten, anläßlich der Halbjahrhundertfeierlichkeiten etwas zu schreiben. Das habe ich getan. Und da die Bundeskanzlerin die Deutschen zum Französisch-Lernen (und die Franzosen zum Deutsch-Lernen) aufgefordert hat, was ich nur nachdrücklich unterstützen kann, hier also mein Beitrag zum Fest auf Französisch:

Droit devant nous

Angela Merkel est pragmatique, tout le monde le sait, et cela est bel et bien. A l’occasion du cinquantenaire du Traité de l’Élysée, sans pathos, sans aspiration transcendante, tout simplement avec justesse, elle a déclaré : « On ne pourra pas se sentir bien ou s’entendre bien mutuellement sans apprendre la langue du pays voisin ».

La semaine précédant la célébration de la codification de l’amitié franco-allemande, l’Institut historique allemand à Paris ouvre ses portes pour accueillir un colloque sur le droit et la jurisprudence constitutionnels allemands. Le but des organisateurs, des juristes travaillant en France, était, outre l’intérêt intrinsèquement « scientifique » de la question, de faire connaître les courants constitutionnalistes d’outre-Rhin au public français.

L’intention était belle. Et le colloque fut un succès. Les intervenants étaient bien préparés, le public nombreux, les organisateurs, dont l’auteur de ces quelques lignes, satisfaits. Donc, une manifestation qui, comme tant d’autres depuis 50 ans, a contribué à atteindre la cible du traité que nous célébrons ces jours-ci.

Et pourtant.

Si l’on y regardait de près, on pouvait s’apercevoir de la fragilité, voire de l’illusionnisme de cette entente franco-allemande.

Et pour cause :

- Les intervenants ne maîtrisaient pas tous les deux langues.

- Le public ne maîtrisait pas, sauf exception, les deux langues.

- Le droit garde sa propre langue.

Il fallait donc traduire. La traduction des interventions, que ce soit celles des acteurs ou des auditeurs, était indispensable – faute de quoi on aurait compté 5 et non pas 35 personnes dans la salle. Or la traduction est un dispositif complexe et cher. En droit, à cause du vocabulaire à la fois technique et théorique, probablement encore plus complexe que la traduction d’une « observation participante », disons en sociologie. Plus complexe, donc plus onéreux. Nous n’avons obtenu d’argent que pour la traduction usuellement complexe, et c’était déjà une somme. La traduction était insatisfaisante. Le droit ne se laisse pas traduire facilement.

Bref, à peine un cinquième des présents pouvait tirer profit de l’écoute des considérations constitutionnelles exprimées en allemand. Les intervenants allemands eux-mêmes ne pouvaient pas suivre ceux de leurs compatriotes qui avaient pris la peine de s’exprimer en français. Et il y en avait qui passaient ainsi avec aisance d’une langue à l’autre, permettant au public de se sentir à l’aise.

Le problème de la langue des personnes se traduit aussi et surtout au niveau du droit même. Au cours de la vie du Traité de l’Élysée, on a entendu plus d’une fois que le droit le droit européen effacerait les barrières imposées par les différents droits nationaux. Cet espoir est démenti par deux observations, une générale, une particulière :

- Le citoyen français continuera inébranlablement de parler français et il est fortement improbable qu’il accepterait un jour d’être jugé dans son pays par une autre langue que la sienne. Il en est de même pour le citoyen allemand.

- Le colloque français sur le droit constitutionnel allemand montre qu’on est encore loin d’une entente linguistique.

Comment remédier à cette situation un peu attristante, vu les 50 ans du Traité de l’Élysée ?

Certainement pas en parlant anglais, une langue que nous ne maîtriserons d’ailleurs jamais, sauf exception rare, comme nos amis anglais.

Non, la solution, l’unique solution, c’est de regarder en face ce qui est droit devant nous : la langue de l’autre.

Et ainsi, encore une fois de plus, l’intuition, si ce n’est pas l’analyse, de la chancelière allemande s‘avère d’une clairvoyance aussi simple que juste : Il faut apprendre mutuellement la langue du voisin. Autrement on ne pourra jamais accéder au droit devant notre nez, le droit du voisin. Car le droit est langue.